À propos d'ALIS

"Sans parole, sans fable, sans personnages, les compositions scéniques d’ALIS déploient progressivement des images photographiques découpées d’affiches publicitaires agrandies et contrecollées sur des feuilles de PVC extrudé cannelé avec, pour seul éclairage, des images projetées. Sur scène, elles fonctionnent comme un énorme collage temporel en continuelle transformation : ces images se déplacent, s’associent, disparaissent, reviennent. Elles figurent des corps humains, des parties de corps épars (mains, visages, torses, membres…), des animaux, des objets quotidiens, des formes géométriques, des lettres, ainsi de suite. Elles sont de toutes les dimensions (par exemple, une main traverse l’espace, si grande qu’elle semble tenir la personne qui la déplace ; à l’autre extrême, apparaît à l’avant-scène une foule de gens, vue de dos - dont chacun pourrait tenir dans la main de ceux qui les installent). Les deux « manutentionnaires », vêtus de blouses noires d’atelier, effectuent les déplacements et la mise en place des configurations de ces objets-images avec une précision musicale et dans un silence corporel envoûtant. Les transitions ainsi que les transformations des images tiennent souvent du tour de passe-passe. Le spectateur réceptif découvre matérialisé devant ses deux yeux physiques l’enchaînement d’un rêve sans commencement ni dénouement ; ou bien, peut-être ces images résonnent-elles à l’unisson avec cette partie alogique du mental qui appréhende le monde à travers la perception directe des objets et des êtres."

Extrait d'ALIS : une idéographie de Mary Sharp